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Comment bien/ou mieux vivre le confinement durant l’épidémie de Covid-19?

Céline Dufranc

19/03/2020

Avec l’arrivée du Covid-19, le contexte actuel est assez anxiogène. Encore plus pour les jeunes patients atteints d’un cancer, qui se retrouvent confinés à l’hôpital ou à la maison et entendent des bribes d’informations plus alarmantes les unes que les autres. Comment les rassurer face à certains changements, les occuper et optimiser cette période ?
Voici quelques conseils de Marie Thérain, psychomotricienne dans le service d’hématologie oncologie pédiatrique de l’hôpital Trousseau, qui, nous l’espérons, vous aideront à traverser cette période le plus sereinement possible avec votre enfant.

Ne vous mettez pas trop de pression

Menace d’un virus que l’on ne connaît pas, confinement, gestes barrières… Vous voici tout à la fois parent, maîtresse d’école ou professeur, aidant, soignant si votre enfant est à la maison. Forcément, de jour en jour, vous sentez que la pression monte. Et si vous respiriez profondément ? Vous n’êtes pas un « super héros ». Vous faites déjà beaucoup. Acceptez simplement de faire au mieux en ce moment. Il y aura peut-être quelques petits ratés mais est-ce vraiment si important que cela ? Si cette période est éprouvante pour les « grands », imaginez ce qui peut se passer dans la tête de nos enfants, qui ont des antennes très sensibles aux émotions de leurs parents et de leur entourage, même quand ceux-ci essaient de les cacher. Véritables éponges, ils sentent bien que quelque chose ne tourne pas rond depuis l’irruption du Covid-19 dans notre quotidien. Certains voudront tout savoir, d’autres préfèreront ignorer ce qui se passe dans le monde et poursuivre leurs activités habituelles. Dans tous les cas, il faudra respecter leur choix. S’il souhaite savoir ce qu’est le Covid-19, parlez-lui avec des mots simples, en adaptant votre discours à son âge et à ses capacités de compréhension.

  • S’il a moins de 6 ans, quand il pose des questions comme : « C'est quoi un virus ? », « Pourquoi je ne peux plus jouer avec mes copains à l'hôpital ou à la maison? », « Pourquoi Mamie ne vient pas me voir ? »…, renvoyez-le à son propre questionnement en lui répondant par exemple : « Et toi, qu'est-ce que tu en penses ? ». Cela permet de ne pas en dire trop. Vous pouvez utiliser des métaphores ou des identifications à des supports qu’il connaît : les « super-héros » peuvent être une bonne aide s’il en connaît. Utilisez des livres, des images, des jeux symboliques pour qu’il soit acteur et vous indique ce qu’il en comprend et ses inquiétudes. Certaines enseignantes de maternelle proposent aux enfants de construire le grand monstre vert (issu du livre du même nom) pour combattre le Covid-19 !
  • S’il a plus de 6 ans et se demande pourquoi il ne va plus au square ou dans la salle de jeux à l’hôpital, expliquez tout simplement que si l'on se réunit, on a plus de chances d’attraper le coronavirus. On se touche, on rit, on peut postillonner, avoir le nez qui coule… et ainsi le transmettre.
  • Les plus grands, en âge de comprendre l’importance de respecter les règles transmises par le gouvernement, données par des médecins, savent que la situation, bien qu’exceptionnelle, est provisoire. Un peu de patience, peut-être un peu plus de souplesse avec les écrans ? Rassurez-les, ils reverront leurs amis très bientôt ! « L’un des secrets d’une bonne communication, c’est de rester « vrai », authentique face à vos propres émotions : il ne faut pas hésiter à dire que l’on est inquiet, que l’on ne sait pas ! Ainsi, l’enfant sera face à un adulte cohérent, qui nomme ses émotions et qui les reconnaît. Généralement, la première conversation sera suivie de bien d’autres : vous aurez l’occasion de lui donner plus de détails dès que le besoin s’en fera sentir.

Enfin, si vous vous sentez démuni(e) face aux questions de votre enfant, ou si vous avez peur de ne pas trouver les mots justes, n’hésitez pas à vous tourner vers des sites adaptés à leur âge (les conseils donnés cet artcile peuvent aider à expliquer le contexte du cornavirus) ou à en faire part au psychologue du service, qui pourra vous guider (comme on doit éviter les contacts en ce moment, n’hésitez pas à les joindre par téléphone ou par mail).

Instaurer des routines

C’est rassurant pour l’enfant

Notre quotidien à tous est rythmé par des routines qui nous rassurent et nous structurent. Que votre enfant soit hospitalisé ou à la maison, on connaît l’importance des rituels pour l’apaiser et l’amener à un sommeil serein. En période normale, les services hospitaliers sont rythmés par les routines de soins auxquelles s’ajoutent des routines dans les jeux, le travail scolaire, et les besoins vitaux (repas, sommeil…). Pourquoi ne pas suivre le même schéma à la maison ? Cela peut être décidé ensemble, autour d’un « conseil de famille » où chacun indique ses priorités, ses besoins… afin que tous puissent avoir des moments ensemble et des moments à soi. Idéalement, en fonction de la fatigue et de l’état physique de votre enfant, il faudrait alterner des temps de travail, de repos, de loisirs et de détente, tout en respectant les mesures d’hygiène nécessaires. Certains auront envie de sport, d’autres de lecture, de jeux de construction… Et pourquoi ne pas profiter de ce temps à vivre ensemble pour préparer des repas par exemple, autre manière de partager et d’apprendre. Afin de rester ancré dans le temps, on peut aussi créer des activités en lien avec la saison : avec l’arrivée du printemps, selon les envies et les croyances de votre  famille, vous pourriez peut-être vous lancer dans des loisirs créatifs autour de Pâques, de la fête des mères ou de la fête des pères. Internet est une mine d’or à ce sujet !

Ici deux exemples :

Maintenir le lien

De nombreux moyens de communiquer

Avec le confinement, les repères et les habitudes, déjà bouleversées par le cancer, changent encore : moins de visites à l’hôpital, des traitements reportés, plus d’école, pas de jeux avec les copains…, autant de bouleversement pouvant favoriser l’angoisse et augmenter le sentiment de solitude chez l’enfant. Heureusement, avec l’évolution des moyens de communication et internet, cet isolement peut être diminué en proposant la poursuite de la scolarité via webcam, les communications via Skype/WhatsApp/Messenger… Autant de moyens permettant de se voir et d’être en lien à défaut de se toucher et d’être à côté. Le lien se poursuit donc différemment, à distance, mais peut continuer à exister ou être réinventé.  C’est fondamental pour continuer à s’ancrer dans la famille, la société, le groupe de pair, le monde...

Cet épisode de confinement et d’isolement étant vécu par tous, cela nous permet de mieux comprendre ce à quoi l’enfant est confronté, et nous oblige aussi à être créatif et à imaginer d’autres manières d’être en lien. Certaines familles ont créé des défis, à réaliser à distance, à la maison et à l’hôpital. Comme une sorte de chasse aux trésors sans bouger de son lit, avec des énigmes à résoudre et des réalisations à créer. D’autres proposent des jeux de société (Uno, Monopoly, …) ensemble, via webcam. En cette période où l’on a tant besoin de réconfort, le toucher, comme les « Massages magiques » sont également un excellent moyen, à la fois pour continuer à ressentir son corps et ses limites, en renforcer sa connaissance, mais aussi pour partager un moment de détente. En effet, on ne peut pas toucher sans être touché. Autrement dit, en massant votre enfant, grâce à l’effet miroir, vous vous détendez et vous vous faites du bien ! Quelques conseils avant de performer : ne pas réaliser de massage si votre enfant ne se sent pas bien (ou n’en a pas envie) ; pensez à respecter les mesures d’hygiène, comme bien se laver les mains et les avant-bras avant de commencer ;  le laisser choisir le/les endroits où il a envie d’être massé. Vous pouvez réaliser le massage sur les vêtements ou sur la peau nue, avec ou sans crème. Support de création, ces « massages magiques » sont comme un fil rouge pour partager un moment de plaisir et de détente ensemble.

N’hésitez pas à proposer également des petits exercices de respiration ou d’étirement. Par exemple, imiter une petite graine, en se recroquevillant au sol, et la faire grandir au moment des inspirations. Démonstration : commencez par faire asseoir votre enfant le dos droit, puis sur les genoux, puis debout. Une fois debout, demandez-lui de se tendre et de tendre les bras pour toucher le plafond. Une histoire peut accompagner cela : celle d’une petite graine qui grandit, s’épanouit, en devenant un arbre robuste ou une jolie petite fleur.

En cette période déconcertante, vous pourriez vous-même avoir besoin de conseils, de parler… Si ce n’est pas possible  actuellement à l’hôpital, voici deux pistes pour ne pas rester seul(e) avec vos interrogations :
• La Ligue Nationale contre le cancer met à votre disposition un numéro de téléphone gratuit, le 0 800 940 939,
• Réseau Cogito'Z, numéro vert gratuit mis en place la psychologue Jeanne Siaud-Fachin, le 0 805 822 810 (35 psychologues se relaient entre 10 et 17 heures, du lundi au samedi pour vous écouter avant de vous donner des conseils).

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